SNU : Retour au service militaire ?

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Le gouvernement a proposé à 3 000 volontaires d’effectuer leur SNU (Service National Universel) en juin 2019. À terme, ce dispositif, qui pourrait s’allonger sur un mois obligatoire, aura pour objectif de renforcer le lien entre les jeunes et les valeurs de la République.

Le grand projet de Gabriel Attal, secrétaire d’Etat au ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse, représentera un budget annuel situé entre 1 et 1,5 milliard d’euros. Une phase pilote de celui qu’on surnomme « service militaire version 2019 » et regroupant 3 000 jeunes volontaires aura lieu en juin prochain dans 13 départements.

Les étudiants du campus Lettres et Sciences Humaines de Nancy ont réagit à cette annonce (cf. micro-trottoir à la fin de l’article). Si les avis divergent concernant la nécessité ou non d’un tel dispositif, tous semblent tomber d’accord pour rejeter le caractère obligatoire que devrait adopter le SNU dans les prochaines années : « Je trouve ça bien de vouloir renforcer l’attachement des jeunes aux symboles de la République mais pour moi ça devrait rester sur la base du volontariat » concède Marie, étudiante à la Faculté de Lettres de Nancy.

On a encore retrouvé la septième compagnie

En juin prochain, 3000 adolescents de 16 ans, recrutés sur la base du volontariat courant mars, vont tester la phase pilote du SNU. La mixité sociale et territoriale sera respectée. On pourra donc y trouver des filles, des garçons, des lycéens, des jeunes en formations, des adolescents déscolarisés et des jeunes en situation de handicap d’un peu partout en France – et pas seulement de l’Hexagone. En effet, 13 départements pilotes seront en mesure d’accueillir les jeunes (les Ardennes, le Cher, la Creuse, l’Eure, la Guyane, les Hautes-Pyrénées, la Haute-Saône, la Loire-Atlantique, le Morbihan, le Nord, le Puy-de-Dôme, le Val-d’Oise et le Vaucluse). Les DROM seront donc également représentés. D’ici 2020, Gabriel Attal espère que tous les départements français pourront mettre à disposition les locaux nécessaire au bon déroulement du SNU.

Le secrétaire d’Etat proposera aux jeunes volontaires de poursuivre leur engagement lorsqu’ils seront majeurs. En effet les participants de la phase pilote du SNU auront la possibilité de s’engager dans l’armée française. S’ils acceptent, il faudra préparer son baluchon pour une durée de trois mois minimum !

Chef, oui chef !

Pendant la phase pilote du SNU, les 3 000 volontaires seront accueillis dans des structures de l’armée. Des militaires et des anciens militaires – qui porteront leur casquette de tuteur à cette occasion – seront présents pour les former. Chaque jour, les jeunes participants devront se vêtir d’un uniforme et, au petit matin, ils auront l’obligation de faire le salut au drapeau et d’entonner  La Marseillaise. Des pratiques qui, une fois le SNU élargit à toute une génération, pourraient ne pas plaire à tous le monde. Emma, étudiante à la Faculté de Lettres de Nancy, en est consciente : « Tout ce qui est salut et tout, je pense que ça choquerait plusieurs personnes et ils le feraient pas ». Lucie, également étudiante dans cet établissement, fait justement partie de ceux qui trouvent ces rites déplacés : « Le fait de devoir saluer le drapeau et de chanter l’hymne nationale… ça me fait un peu penser aux dictatures ». Gabriel Attal assure que c’est par ces gestes simples que l’on renforce l’attachement aux symbole de la République.

Sur place, différentes activités seront proposées tout au long du SNU. Plusieurs formations seront mises à disposition des participants. Ils apprendront les gestes de premiers secours mais ils devront également participer à des ateliers sur les valeurs républicaines et sur la protection de l’environnement. En ce qui concerne les exercices physiques, le programme sera lui aussi chargé avec des courses d’orientation et des franchissements d’obstacles. Les capacités intellectuelles des jeunes volontaires seront mises à l’épreuve avec des tests de français.

J’peux pas… j’ai SNU

Gabriel Attal, avec le soutien du gouvernement, espère pouvoir rendre obligatoire le SNU au plus vite. Aucune date précise ni officielle n’a encore été communiquée même si le secrétaire d’Etat au ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse envisage une généralisation obligatoire pour 2026. Une génération de 800 000 jeunes pourrait donc être soumise à ce dispositif d’ici quelques années. Cette fois-ci, le SNU ne devrait pas durer deux semaines – comme lors de la phase pilote – mais plutôt un mois (2 fois 15 jours).

Emma doute de l’efficacité d’un programme imposé : « Si on a une part des étudiants qui ne sont pas intéressés, il n’y aura pas le même rendu qu’avec les [étudiants] intéressés ». Effectivement, les participants de la phase pilote seront volontaires contrairement à ceux de la phase définitive du SNU ; comment réagiront les jeunes – entre 15 et 18 ans – dans l’obligation de tout quitter pendant un mois ? Pour Lucie, même « deux semaines de programme en moins, c’est assez compliqué à rattraper même pour les professeurs ». C’est aussi pour ça que Gabriel Attal souhaite que les jeunes effectuent leur SNU à 16 ans car la plupart d’entre eux seront en classe de seconde, une année scolaire sans examen décisif.

Le prix du patriotisme

On le sait, en France, malgré les fonds mis à dispositions, l’Education nationale ne roule pas sur l’or et la vague de suppressions de postes continuent. C’est pourtant un montant estimé entre 1 et 1,5 milliards d’euros qui sera nécessaire à la mise en place du SNU. Pour tous les partisans de l’opposition, ce chiffre astronomique est une nouvelle cible facile. Certains qualifient même le SNU de « gadget inutile ». Quelques détracteurs du projet contestent les estimations du gouvernement et évoquent plutôt des sommes allant jusqu’à 3 milliards d’euros pour financer chaque année le SNU. Lucie, très remontée à l’annonce de ces chiffres, a réagit une nouvelle fois à nos micros : « Pour les jeunes, il y aurait beaucoup de choses à faire avec un budget pareil. On pourrait faire beaucoup plus de choses beaucoup plus utiles je pense ». Une réponse à méditer alors que de nombreux économistes s’accordent à dire que la France connaît une période de disette budgétaire.

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