Loi El Khomri : Toujours pas de grand soir en Lorraine

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Après les premières mobilisations intersyndicales du 9 mars (voir notre article), l’UNEF appelait les étudiants à de nouvelles actions ce jeudi 17, dans toute la France, pour demander le retrait du projet de loi El Khomri. Un appel suivi de manière anecdotique dans les villes de Metz et Nancy qui se retrouvent en queue de wagon, trop occupées, entre autres, par les élections étudiantes de l’Université de Lorraine.

Ils sont 70 à se retrouver dans l’amphi A033 du Campus Lettres et Sciences Humaines de Nancy à l’appel de Léo Sanson, responsable local de l’UNEF. A peine plus donc que la semaine dernière lors de la première vague de mobilisation, où le petit cortège étudiant avait rejoint les rangs des salariés présents sur la place Stanislas. La manifestation nancéienne du 9 mars avait réunit 2500 personnes selon la préfecture, 4000 selon le syndicat étudiant.

Cette fois il n’y a pas d’autres organisations syndicales présentes pour venir grossir les rangs, et la manifestation de Nancy n’aura finalement pas lieu comme le déplore Charlie, un étudiant venu assister à l’AG , qui souhaiterait que « Nancy fasse partie des villes qui vont vraiment lancer la machine contre cette loi. »

Il faut dire que la section lorraine de l’UNEF a été bien encombrée par les hasards du calendrier, puisque les élections étudiantes de  l’Université de Lorraine ont eu lieu le lundi 15 mars dernier. Des élections pour lesquelles il fallait certes bien faire campagne, même si elles n’auront pas mobilisé  plus d’étudiants que contre la loi El Khomri (10% de participations environ…) et au cours desquelles l’UNEF a enregistré une légère progression et gagné un siège supplémentaire.

Pour autant , comme cela a déjà été dit plus haut, les étudiants étaient déjà relativement peu nombreux la semaine dernière dans une ville qui en abrite pourtant près de 50 000. Pour Léo Sanson, cette  AG, même si elle ne sera pas suivie d’une marche, a justement pour but de remettre la partie sur « start » :

 

Une nouvelle partie ambitieuse car le jeune responsable de l’UNEF ajoute que la décision a été prise « d’agir tout les jours sur les campus, avec de la distribution de tracts et des campagnes d’information ». Il ne renonce pas non plus aux manifestations puisque les étudiants nancéiens sont de nouveau appelés à participer à une AG le 22, ainsi que le 24 où se déroulera cette fois une nouvelle marche en solidarité avec les syndicats de salariés, à 14H sur la place Dombasle. Ce sont ces actions qui diront si la mobilisation finale du 31 se fera en forme de baroud d’honneur ou de coup de grâce.

 

Une tension qui monte.

 

Alors qu’ils étaient moins nombreux dans les rues que les nancéiens le 9 mars, les étudiants messins ont en revanche tenté un petit coup de force. La semaine dernière déjà, certains d’entre eux avaient obligé les personnels de l’Université à évacuer les locaux en actionnant à plusieurs reprises les alarmes incendies sur l’île du Saulcy. Une île, rien de plus facile à bloquer. C’est probablement ce que se sont dit les étudiants messins ce jeudi lorsqu’ils commençaient leur sitting. Une centaine d’entre eux a ainsi décidé de s’asseoir à l’entrée de l’île, seul point d’entrée, bloquant ainsi tout le trafic en pleine heure de pointe autour du boulevard Robert Serot.

 

Les forces de l'ordre face aux étudiants sur l'île du Saulcy à Metz - Crédits photo : Pierre Clavel

Les forces de l’ordre face aux étudiants sur l’île du Saulcy à Metz – Crédits photo : Pierre Clavel

 

Il n’en fallait pas plus à la préfecture pour envoyer les forces de l’ordre sur place. Des policiers armés de lacrymos sonnent la charge une première fois pour rétablir le trafic. Des étudiants assurent avoir entendu l’un des agents dire à ses troupes « on avance et on essaye d’en choper quelques uns. » Il y aura en tout cinq interpellations alors que l’UNEF, menée par Juliette Chapelier, préfère se désolidariser du mouvement, au grand dam de la quarantaine d’étudiants restants qui subiront la seconde charge. Une charge assez violente d’après les témoignages recueillis sur place, un homme étant frappé à même le sol. Sonnés, les étudiants ne demandent pas leur reste et se dispersent.

Des escarmouches de ce genre ont eu lieu un peu partout en France lors de ces manifestations auxquelles ont participé 69 000 personnes selon le ministère de l’intérieur, et 150 000 selon l’UNEF. Si le nombre de manifestants est plus faible, les étudiants et les jeunes étaient en revanche bien plus présents qu’il y a une semaine. Alors que, mis à part quelques petits incidents, les mobilisations du 9 mars s’étaient déroulées dans une ambiance bon enfant, celles du 17 auront été l’occasion d’un certain nombre d’accrochages entre les forces de police et les lycéens notamment. De nombreux étudiants ainsi que des policiers ont été blessés à Strasbourg, des incidents ont également eu lieu à Nantes ou encore à Rennes où l’Université a été bloquée, et la gare et la mairie prises d’assaut par les étudiants.

 

CPE ou pas CPE ?

 

La comparaison ne cesse d’être faite avec les mobilisations contre le Contrat Premier Embauche proposé par Dominique de Villepin il y a un peu plus de dix ans. Une comparaison qui commence à paraître surfaite, tant il est évident que le grand soir annoncé depuis plusieurs semaines n’arrive toujours pas, sans parler du gouffre entre le nombre de signatures recueillis par la pétition et le nombre de personnes dans la rue.

Cela s’explique notamment par le fait que la stratégie de Manuel Valls diffère de celle de Dominique de Villepin. A l’époque, le premier ministre avait voulu rester « droit dans ses bottes »  en refusant de prendre la mesure de la mobilisation qu’avait suscité son projet de loi, déclenchant une réaction encore plus virulente dans les rues. L’actuel premier ministre lui, ainsi que le reste du gouvernement, tout en refusant le retrait de son projet de loi, a retenu la leçon et préfère jouer la carte du « dialogue » et a déjà annoncé quelques changements de paramètres aux accents moins libéraux, notamment l’idée d’une « garantie jeune » aux contours encore assez flous, ainsi qu’une possible surtaxation des CDD qui obligerait à embaucher plus souvent en CDI. En vérité, selon plusieurs économistes, ce serait surtout une raison supplémentaire pour les employeurs de ne plus embaucher du tout les jeunes, par exemple en contrat saisonnier…

 

 

Prise de son : Camille Erbstein

 

 

 

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