Le parcours semé d’embûches d’un réfugié afghan à Metz

 In Politique et Société, Reportages

Roze Khan est un réfugié afghan arrivé en France il y a quelques années. Après avoir mené toutes les démarches à bien, il est toujours logé en foyer. Venu à une réunion-débat à l’UFR Sciences Humaines Sociales de Metz, il raconte son parcours d’immigré en France.

« Chez nous les hommes ils ne pleurent pas. Moi j’ai pleuré à cause de ça. » Impossible pour Roze de ne pas parler de la situation tragique dans laquelle se trouve son pays. Au cours d’une réunion-débat organisée par le NPA au sein de l’UFR SHS (Sciences Humaines et Sociales) du campus du Saulcy de Metz, le réfugié afghan et des militants engagés auprès des migrants ont pu échanger ensemble. Roze est revenu sur son départ d’Afghanistan et son arrivée en France.

« On n’est pas dans la guerre mais à côté on a des problèmes »

Roze Khan, arrivé il y a plus de 5 ans, explique dans un français irréprochable son départ d’Afghanistan : « Nous on était autonomes. Moi j’étais fonctionnaire public, j’avais ma famille, tout était bien. Mais à cause de la guerre et des talibans, j’ai dû quitter mon pays. » Un déchirement pour lui, qui a laissé sa femme et ses deux enfants derrière lui. Un exil forcé pour échapper aux talibans qui l’a conduit sur la route des migrants.

Il se remémore avec émotion la marche de 56 heures entre le Pakistan et l’Iran « avec la peur d’être tué par les policiers iraniens » qui avaient ordre de tirer sur les migrants qui franchissaient la frontière. Après une traversée de l’Europe à pied et en camionnette, il arrive finalement en France. L’ancien fonctionnaire est immédiatement confronté à la barrière de la langue et à la difficile quête des papiers : « On est content, on n’est pas dans la guerre. Mais à côté on a des problèmes, des problèmes… », souligne-t-il.

Même quand on veut parler anglais, tout le monde dit “On n’est pas aux États-Unis ou en Angleterre” et c’est très méchant

Roze Khan

Sans logement, Roze est expulsé deux fois vers l’Allemagne, un pays qu’il avait parcouru pendant sa longue marche vers la France. À cause de ça, il se retrouve sans hébergement et sa demande d’asile est gelée. C’est durant cette période que le camp de Blida, à Metz, devient son refuge. Comme beaucoup de migrants, il fait face aux lourdeurs administratives. Une période sombre pour lui, accentuée par le difficile apprentissage du français : « C’est très compliqué de parler avec des gens pour expliquer les problèmes, on comprend rien. » Il se remémore avec aigreur le manque de compréhension de ses interlocuteurs, il explique que « même quand on veut parler anglais, tout le monde dit “On n’est pas aux États-Unis ou en Angleterre” et c’est très méchant. »

Des réfugiés qui dorment sur la route

Roze Khan ne peut cacher son malaise quant à son manque d’autonomie. Obtenir un logement, des papiers, un travail, ou le permis de conduire, est un véritable parcours du combattant. Aujourd’hui, ses papiers ont été régularisés, il a trouvé un travail d’électricien à l’Université de Lorraine. Mais il vit toujours en foyer. Réveillé la nuit par les cris de mineurs, commencer le travail à 7 h 30 est compliqué pour Roze. Une situation qui lui pèse toujours : « Ce n’est pas normal pour moi. J’ai fait toutes les démarches tout seul, mais à la fin il n’y a pas d’appartement. », se désespère-t-il.

Anwar et Roze, évoquant la situation en Afghanistan et celle des réfugiés avec les militants

Roze veut à présent faire profiter aux autres réfugiés son expérience en France. Il note que pour beaucoup de migrants, il est très difficile d’intégrer la communauté française : « À cause de ça, ils font des fautes et on peut dire c’est la faute de l’étranger ! » Il pointe l’absence d’aide de l’État, qui conduit certains migrants à sombrer dans la délinquance : « Un jour ils vont être obligés de voler. Et à la fin tout le monde dit c’est l’immigration. », analyse-t-il.

L’entraide entre Afghans

Roze pense que des cours de français et de culture pourraient aider les demandeurs d’asile à intégrer la communauté française. Selon lui, « si quelqu’un n’oblige pas, s’ils n’ont pas d’endroit pour apprendre le français, les gens restent chez eux, ils mangent et ils dorment. »

Je connais des familles afghanes qui dorment dehors avec des bébés de 1 mois

Roze Khan

À l’approche de l’hiver, le sort des réfugiés qui dorment justement dehors le préoccupe : « Je connais des familles afghanes qui dorment sur la route avec des bébés. » Mais il salue la solidarité qui s’organise entre les Afghans. Certains accueillent leurs compatriotes chez eux, conduisant parfois à des situations ahurissantes : « il y a dix personnes dans un F2-F3, parce qu’il y a des réfugiés qui disent “bah viens, reste ici on va partager” » et s’inquiète pour l’avenir de ces réfugiés laissés sur la route. Il ironise également sur la volonté du maire de Metz François Grosdidier d’accueillir des réfugiés afghans après le retour des talibans au pouvoir : « Moi je suis contre. Parce que les Afghans ici, ils sont déjà dans les problèmes. »

Pour Roze, la Préfecture est pour beaucoup dans la galère des demandeurs d’asile à Metz : « Il y a beaucoup de choses qui tournent très mal avec la Préfecture. On est tous dans la même situation. »

Parfaitement intégré en France, Roze veut désormais rester en France et « avoir une belle vie ». Il rêve d’avoir sa femme et ses enfants à côté de lui. Le jeune homme avait commencé les démarches de regroupement familial mais tout a été arrêté avec l’arrivée des talibans.

Roze pense tous les jours à sa famille et à son pays, toujours sous le choc : « Qu’est-ce qui est arrivé à notre pays…» Il reste cependant lucide à propos de sa condition : « Je ne peux pas dire que je me sens bien, mais je ne suis pas dans la guerre », mais rien n’efface son sourire ni son espoir.

Retrouvez le témoignage audio de Roze Khan ci-dessous :

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