NON! à l’échec scolaire

 In Politique et Société, Vie étudiante/université

Ce mercredi 25 Septembre 2019, l’IRTS a accueilli en son sein la journée du refus de l’échec scolaire. Née de l’initiative de l’AFEV depuis 2008, l’objectif de cet évènement de la semaine d’Etudiants dans ma Ville, est de faire valoir les points de vue des enfants et des jeunes sur leur scolarité, à travers une enquête annuelle, et de valoriser les actions de lutte contre l’échec scolaire. Pour la bonne réalisation de cette première édition à Metz, une enquête a été effectué auprès de 552 élèves de la classe de CM1 à celle de Terminale. Dans la soirée de ce 25 septembre, durant 1h30 s’est tenue une table ronde autour de laquelle les avis de professionnels de l’éducation sur la question de l’échec scolaires ont été recueillis. Fanny ZANFERRARI, Marceline LAPARRA, Karine GAUJOUR et Claude LECLERC ont ainsi exprimé leur opinion sur la question de l’échec scolaire, ses causes et les solutions à envisager afin d’en venir à bout. Cette table ronde était présentée par Loïc MILLOT et animée par Camille ERBSTEIN. La Ville de Metz, le Club UNESCO et Radio Campus Lorraine ont aussi répondu présents à cet évènement.

Introduite par Loïc MILLOT, la table ronde a débuté par une brève présentation du sujet et de l’évènement par Camille ERBSTEIN, la chargée de développement local pour l’AFEV à Metz. Elle s’est appuyée sur des chiffres afin d’avoir l’avis des invités sur l’impact des disparités sociales sur la réussite scolaire.
« Le système scolaire français est encore très inégalitaire par rapport à d’autres pays d’Europe. Selon un rapport de l’OCDE publié en 2018, les enfants dont les parents sont diplômés de l’enseignement supérieur ont 14 fois plus de chances d’avoir un diplôme que ceux dont les parents ont un niveau d’éducation moins élevé » a-t-elle affirmé.

Définition et causes de l’échec scolaire

Fanny ZANFERRARI, sociologue, cadre de formation à l’IRTS Lorraine a répondu à la question des disparités sociales dans l’échec scolaire, en précisant que l’expression « échec scolaire » n’existait pas en sociologie. « Il serait plus approprié de parler de difficultés d’apprentissage » a-t-elle ajouté. Ces difficultés d’apprentissage se caractérisent par des retards scolaires, encore appelés redoublement. Selon quelques chiffres, 15% des enfants d’ouvriers auraient des difficultés d’apprentissage contre 3% d’enfants issus de milieux plus aisés. Le manque d’accompagnement est aussi responsable des difficultés de certains élèves. Une enquête sociologique internationale a en effet prouvé qu’en France la moitié des enfants de 15 ans ont les meilleurs résultats. L’origine sociale est donc, selon Mme ZANFERRARI, source de difficultés scolaires.

A la question « l’ennui est-il source d’échec scolaire voire de décrochage? », a répondu Karine GAUJOUR, doctorante en sciences de l’éducation-université de Haute-Alsace/laboratoire LISEC. La professionnelle de l’éducation a spécifié que l’ennui doit faire l’objet d’études au même titre que toutes les émotions. Pour elle, l’ennui est une émotion vis-à-vis de l’école. Selon des chiffres, 70% des décrocheurs ont déclaré s’ennuyer en cours. Elle a ajouté que l’ennui est une inactivité scolaire qui se manifeste par certains comportements pendant les cours, tels que la somnolence, les perturbations, etc.. Elle a énuméré trois types d’ennui : l’ennui réactif qui se manifeste par un sentiment de perte de temps chez l’élève, l’ennui de calibrage qui est la sensation que le temps est horriblement long, puis l’ennui empathique qui se manifeste par une attente que le temps passe. 1/3 soit 33% d’élèves de lycée professionnel, 28% d’élèves de lycée général déclarent s’ennuyer en cours et 12% dans tous les cours.

Marceline LAPARRA, professeure retraitée de l’université de Lorraine, a répondu à la question de la responsabilité dans l’échec scolaire. En soulignant le fait qu’on rende très souvent les élèves responsables de leur échec, celle-ci a affirmé qu’aucun élève n’est responsable de son échec scolaire et que la responsabilité incombe à l’école. Elle illustre ses propos en parlant d’échec scolaire chez des élèves de 4 ans. Selon elle, l’école maternelle française serait trop agressive et les professeurs devraient changer leurs méthodes d’apprentissage.

Fanny ZANFERRARI a ajouté à ce propos que l’échec scolaire résulte très souvent de l’inégalité sociale car l’école et son fonctionnement valorisent et privilégient les plus forts, instaurant une sélection et un tri des meilleurs. L’orientation scolaire forcée est aussi un problème récurrent, elle prend pour exemple que le baccalauréat général est destiné au élèves de milieu aisé tandis que le baccalauréat professionnel serait destiné aux élèves de familles modestes. De plus, elle a ajouté que les élèves ont perdu le plaisir d’apprendre par peur du classement.

Karine GAUJOUR a précisé que l’ennui pourrait être assimilé à un inintérêt et au manque de passion chez l’enseignant durant son cours. Selon elle, dans les lycées professionnels en section industrielle, 50% d’élèves déclarent s’ennuyer car il y a un décalage entre l’idée qu’ils ont du métier et la réalité. Ceci a pour résultat l’isolation de l’élève. Il faudrait donc que cet élève rencontre quelqu’un qui a réussi dans ledit domaine, afin de retrouver un certain engouement pour les études.

Claude LECLERC, président du Club Unesco de Metz, au sujet de l’ éducation populaire, a répondu qu’il existait des différences dans les enseignements. Il a parlé de pédagogie de l’échec qui consisterait à analyser les raisons de l’échec et savoir comment en éviter un nouveau. L’école nouvelle est une autre façon d’enseigner : « quand quelqu’un fait un projet d’éducation populaire, il va utiliser sa passion, c’est un tuteur, un guide, qui est chargé de répondre à un besoin précis ». Il devra sortir le jeune de sa zone de confort et le placer dans un autre contexte. L’éducation populaire n’a pas de référentiel, elle consiste à agir pour le plaisir.

Marceline LAPARRA a associé l’ennui en cours au niveau scolaire : « je n’ai jamais vu un élève petit refuser d’apprendre ». Selon une enquête, un enfant rencontrerait dans la journée neuf adultes chargés de lui apprendre quelques chose; sachant que la moyenne est de 5 adultes maximum. « Oui à la médiation, à condition que le médiateur sache agir et aider l’enfant » a-t-elle précisé.

Claude LECLERC a, quant à lui, souligné que l’éducation populaire n’est pas un palliatif à l’échec scolaire, c’est juste le rêve d’une société plus égalitaire. « Le problème de l’école ne peut être résolu par l’éducation populaire » ajouta-t-il.

Les solutions à envisager contre l’échec scolaire

Karine GAUJOUR a déclaré, concernant les moyens de lutter contre l’ennui en cours : « on a tous le droit de s’ennuyer ». Selon elle, afin de palier l’échec scolaire, il faudrait accepter l’ennui. L’enseignant devrait essayer de comprendre les raisons de l’ennui, et non supposer que l’ennui émane de la vie extra-scolaire de l’élève : « ce qui se passe à l’école, se passe à l’école ».

Marceline LAPARRA a quant à elle affirmé que le remède contre l’échec scolaire serait d’arrêter de donner des injonctions. Elle considère qu’il « faut arrêter de dire changeons », « l’école est malade des injonctions qu’on lui donne depuis les années 70. Les injonctions sont responsables de l’instabilité scolaire. Il faudrait, selon elle, d’abord aider l’école à se recentrer sur son problème, puis ne pas évacuer l’enfant qui ne réussit pas et former les enseignants. »Si on formait les médecins comme on forme les enseignants, toute la France serait mourante » a-t-elle déclaré.

Selon Fanny ZANFERRARI, palier l’échec scolaire passerait par rétablir l’égalité entre les élèves, en permettant aux enfants de milieux défavorisés de bien apprendre. Aussi, il faudrait s’atteler à prendre en charge les enfants en difficultés et prioriser la coopération à la compétition.

Claude LECLERC, lui, préconise la suppression définitive des devoirs à la maison, car pour lui tous les enfants n’ont pas des parents capables de les aider pour leurs exercices : « Quels parents seraient contents de ramener du boulot à la maison? ».

Lors des interactions avec le public, la question de l’utilité de Parcours Sup n’a pas laissé les invités indifférents. Karine GAUJOUR a affirmé que « c’est la pire chose qui existe », puis Marceline LAPARRA d’ajouter que « c’est scandaleux que les critères de sélection ne soient pas publiés »; « l’université devrait rendre des comptes ! ».

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