Le Venezuela, au bord de la guerre civile :

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   Situation politique, sociale et économique particulièrement alarmante, le Venezuela est en proie à un mal profond. L’auto proclamation de Juan Guaido, président de l’assemblé nationale, comme président par intérim plonge le pays dans l’incertitude. Cet événement au retentissement mondial a eu pour effet de révéler, si ce n’est de les attiser, les fractures idéologiques des vénézuéliens. Opposant ainsi les pro-chavistes soutenant Nicolas Maduro contre les opposants, ces derniers désireux de voir l’actuel président plier bagages. Un recul sur les éléments historiques, politiques, économiques et sociaux est primordial afin de comprendre le contexte vénézuélien rongeant le pays.

Un constat accablant :

  Le Venezuela subit depuis des années une crise économique sans précédent. Selon un rapport du FMI datant du 23 juillet 2018, l’hyperinflation galopante devrait atteindre un million de pour cent. Quant au PIB, il devrait se contracter de dix-huit pour cents. Ces chiffres sont synonymes d’une véritable catastrophe pour le pays. D’autant plus que Caracas ne partage plus ses données économiques avec le FMI depuis 2004. Difficile donc de mesurer précisément la gravité de la situation. Cependant, nombreuses sont les conséquences directes que Nicolas Maduro ne peut pas cacher aux yeux de la communauté internationale. En effet, il est désormais impossible de se procurer ne serait-ce que du riz, inutile de parler d’autres aliments basiques tel que le poulet, le lait ou encore le beurre. Seuls les détenteurs d’une carte du parti peuvent se procurer un peu de nourriture dans des « paquets ».

Autre conséquence tout aussi dramatique, la pénurie de médicaments que les vénézuéliens doivent affronter, réveillent des maladies pourtant disparues comme la rougeole et la diphtérie. Ces conséquences préoccupantes ont engrangées une répercussion immédiate, ce sont trois millions de vénézuéliens qui ont fuis le pays, dont un million rien qu’en Colombie.

Le fait vénézuélien devient problème régional, obligeant l’Amérique latine à trouver des solutions politiques afin de contenir de telles masses.

Les raisons expliquant la crise vénézuélienne :

   Donald Trump a porté un coup de grâce à l’économie vénézuélienne. Celui-ci a décidé d’appliquer des sanctions financières contre la compagnie pétrolière PDVSA, joyau de l’économie. La firme pétrolière se voit désormais dans l’impossibilité de commercer avec des entités américaines. Or ce sont les américains qui raffinent le pétrole vénézuélien, autrement dit, PDVSA ne pourra plus dégager ne serait-ce que le moindre revenu.  Ces sanctions révèlent l’extrême fragilité de l’économie vénézuélienne puisque celle-ci ne valait que grâce à la manne pétrolière. L’économie de rente vénézuélienne manque cruellement de secteurs d’activités divers et variés. Cette économie de rente est l’un des facteurs principaux de la crise.

  La corruption cristallise les colères populaires, en vingt ans, ce serait environ 450 00 milliards de dollars qui auraient disparus de l’économie vénézuélienne, selon le dirigeant de la commission des finances du parlement vénézuélien Freddy Superlano. Cette somme astronomique est un manque considérable pour le budget vénézuélien. Selon l’ONG Transparency International, le Venezuela serait le pays le plus corrompu d’Amérique latine, il s’agirait donc d’une véritable cleptocratie. La corruption pourrait s’expliquer principalement par la manipulation frauduleuse du contrôle des devises générant ainsi une évasion vers des comptes bancaires privés, et par des malversations au sein de PDVSA.

Une répression sociale sans précédent :

   Depuis de nombreuses années les anti-maduro manifestent dans les rues pour exprimer leur colère quant à la situation, souvent ces démonstrations se transforment en véritables scènes de guérillas urbaines tant la violence des forces de l’ordre est démesurée.

Depuis les manifestations de 2014 jusqu’à celles de 2017, on dénombre environ 115 morts. Durant la dernière semaine du mois de janvier 2019, ce ne sont pas moins de 40 morts qui ont été dénombrés et 850 arrestations. Cette répression révèle à quel point le pouvoir a peur de vaciller face à une opposition radicale de plus en plus déterminée. Ainsi les forces de l’ordre n’hésitent plus à tirer sur les foules si besoin s’en fait sentir. Selon le Forum pénal vénézuélien, une ONG locale, 5 341 personnes ont été arrêtées puis incarcérées lors des mouvements de protestations, 822 d’entre elles ont été jugées. Outre les répressions lors des manifestations, le pouvoir tente de museler l’opposition en censurant une cinquantaine de radios locales dont les opinions ne plaisent pas.

Le président Maduro perçu comme illégitime :

   Élu en 2013 pour un premier mandat puis réélu lors des élections du 20 mai 2018, Nicolas Maduro a repris ses fonctions le 10 janvier 2019. Ce deuxième mandat est perçu par une grande partie des vénézuéliens comme illégitime. Le scrutin du 20 mai 2018 n’avait selon la loi, que l’apparence d’une élection démocratique. Les principaux leaders de l’opposition tels que Henrique Capriles et Leopoldo Lopez ont été interdis de se présenter aux élections. Le premier s’est vu recevoir une interdiction de se présenter à une élection pendant 15 ans, le deuxième quant à lui est assigné à résidence. Le seul candidat « crédible » face à Nicolas Maduro fut Henry Falcon qui est un ancien chaviste. Difficile dans ces conditions de parler d’élections démocratiques. D’autant plus que cette élection fait l’objet de forts cas de fraudes électorales. Selon Capriles, ce serait environ 1,4 million de voix qui seraient caduques car de nombreux morts auraient votés et 535 000 votes seraient le fruit de manipulations frauduleuses.  L’abstention massive de 46 % de la population et l’absence d’observateurs internationaux indépendants amplifie l’effet d’illégitimité de cette élection. C’est pourquoi de nombreux pays de la communauté internationale tels que les Etats-Unis, l’Union Européenne ou encore le Groupe de Lima ne reconnaissent pas Nicolas Maduro comme étant le président légitime du Venezuela. A l’inverse, Nicolas Maduro peut compter sur quelques soutiens comme la Chine, la Russie, la Turquie et le Mexique. Cette situation politique particulièrement inquiétante jette le pays dans un flou institutionnel qui ne présage aucune sortie viable.

Juan Guaido : Symbole des divisions politiques :

   Le 23 janvier 2019, Juan Guaido, président de l’assemblé nationale, membre du parti Volonté Populaire, s’est proclamé président par intérim en jurant d’assumer les compétences de l’exécutif national, devant une foule nombreuse dans les rues de Caracas. Le président Maduro ne compte pas quitter ses fonctions et à pour l’heure seulement proposer de nouvelles élections législatives. Cette proposition ressemble plus à une provocation qu’à une vraie main tendue puisque l’opposition est actuellement majoritaire à l’Assemblé. En somme, le Venezuela fait face à une situation particulièrement complexe. Une partie du pays soutient Juan Guaido et l’autre reste fidèle à Nicolas Maduro. Cette crise sociale et politique divise de jours en jours les tensions palpables entres les vénézuéliens. D’autant plus que les deux présidents appellent leurs sympathisants à descendre dans la rue pour les soutenir. En ce 2 février 2019, Caracas a été le spectacle des manifestations de l’opposition ainsi que celle des fidèles de Nicolas Maduro. Juan Guaido à d’or et déjà appelé à deux autres manifestations, l’une le 12 février, l’autre reste pour l’heure sans date précise. Les manifestants de l’opposition se disent « prêts à tout » pour destituer Nicolas Maduro, alors que l’armée soutient pour l’instant Maduro, bien qu’un général de l’armée de l’air ait déclaré son soutien à Guaido. Le contexte est tel qu’il serait difficile d’anticiper ce que sera le Venezuela dans quelques semaines mais les circonstances laissent à penser qu’il ne faudrait plus grand-chose pour qu’un conflit armé éclate entre les deux parties.

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