Une nouvelle mesure que conteste les étudiants

 In Actualité générale

Rehausser les frais d’étude pour les étudiants étrangers, voilà la nouvelle mesure au cœur des discussions, une proposition qui anime les débats. Gouvernement et Etudiants tentent de trancher.

Pas votée mais discutée, la mesure est loin de faire l’unanimité et interroge sur les conditions d’accès à la formation et l’éducation de manière générale en France.

Dans les faits, qu’est-ce que c’est?

Cela remonte à une allocution d’Edouard Phillipe datant de novembre 2018, le plan « Choose France », en français « choisis la France », intègre cette proposition. Une expression qui enjoint les étudiants étrangers à venir étudier en France mais qui, pourtant, n’en révèle pas la véritable teneur. Pour cause, le plan suppose d’augmenter les frais pour un grand nombre d’étudiants.
La hausse de ces frais de scolarité ou droits d’inscription concernerait uniquement les étudiants qui ne possèdent pas la nationalité européenne. « Erasmus » ne serait donc pas touché. Concrètement, en France, si la mesure passait, un étudiant non-européen qui souhaiterait s’inscrire en licence aurait à débourser près de 2.770 euros à l’année au lieu de 170 euros, tarif standard. Autre cas: le master. Un étudiant européen paye en moyenne 200 à 400 euros pour s’inscrire, contre 3.770 euros pour celui qui ne serait pas né sur le sol de l’Union. Une autre donnée rentre dans le viseur: les universités seraient libres d’en apprécier l’application ou la non-application. Enfin, afin d’apaiser et relativiser les effets, le gouvernement annonce une révision dans l’allocation des bourses pour les étudiants étrangers, qui déjà, sont confrontés à cette difficulté.

Incompréhension: « Précarisation » et « discrimination » des termes évoqués par des étudiants.

Dans les réactions d’étudiants du campus Fac de Lettres, de l’Université de Lorraine, la mesure sonne comme une nouvelle occasion de faire de la sélection parmi des étudiants. Etudiants déjà vus comme « précaires ». En effet, ce projet est loin de faire l’unanimité.

Crédit photo: Audrey Margerie. Photo de la fac de Lettres.

 

Voici quelques réactions d’étudiants interrogés, qui tous se positionnent contre la mesure. C’est notamment la cas de l’UNEF qui en réclame le retrait.

Romane, étudiante et membre de l’UNEF: « Je trouve ça totalement injuste« , « ils ont accès à rien et là on les précarise encore plus », « pour une université d’élite contre une université multiculturelle« 

Etudiant de Master de sociologie: « une injustice énorme, inouïe », « une forme de discrimination« , « une sélection par le fric », « c’est une manière de dire: les étudiants africains, on n’en veut pas. On ne veut que des étudiants qui viennent entre guillemets des bons pays »

Ines, étudiante en LEA: « c’est dégueulasse »

Dahman, étudiant et membre de l’UNEF: « ça représente bien la politique que mène depuis le début le président Macron. Une politique de précarisation des jeunes et de la société », « une sélection par l’argent » et « une sélection par l’ethnie » 

Etudiant en philosophie: « C’est dégueulasse, ça empêche pas mal d’étudiants étrangers à venir ici », « C’est dommage, ça fait une grosse perte dans la culture »

Dana, étudiante: « Je trouve ça aberrant » 

Sumia, étudiante: « Je pense que tout le monde devrait avoir le droit d’étudier, et au même tarif »

Mahmoudou Samaki, étudiant étranger: « Je suis venu il y a deux ans à peine, et ça aurait pu être moi », « j’étais pas surpris, je m’y attendais« . 

 

Mahmoudou pointe du doigt une contradiction sur le plan culturel: « Il y a une dizaine de pays en Afrique, d’Afrique de l’Ouest, d’où je viens, qui parlent le français en tant que langue première, pas leur lague locale », « ils permettent de valoriser la langue ». Un « donnant-donnant« , une participation au rayonnement culturel notamment d’anciennes colonies, qui ne serait donc pas reconnus et révèlent selon lui, d’un non-sens.

Crédit photo: Audrey Margerie. Mahmoudou, étudiant étranger, à la fac de Lettres.

Aucune assemblée générale n’est cependant prévue à ce jour pour en débattre.

Vous pourrez retrouver en bas de l’article, le micro-trottoir qui recense ces frustrations, colère et amertume dans le constat.

Le « non » de l’Université de Lorraine

Ce « non » c’est le cri poussé par l’Université de Lorraine dans son mail envoyé aux étudiants, en décembre 2018. Après une réunion rassemblant tous les personnels de l’université, ceux-ci ont convenu de la volonté de ne pas appliquer cette différence de frais. Chez de nombreux étudiants, cette information leur est parvenue comme étant une bonne nouvelle. Apparemment, l’Université de Lorraine ne juge son prestige par ses frais occasionnés pour s’y inscrire, ni l’argent comme mérite scolaire. Une interprétation partagée par les étudiants de la Faculté de Lettres, qui parlent de « sélection sociale » et monétaire, ou encore d’objectif de prestige contre la culture ou la multiculturalité – perçue comme une richesse.

Capture d’un mail public envoyé par l’Université de Lorraine

Mais pour quoi faire?

« Ca ne sert pas du tout à améliorer le quotidien des étudiants, et n’est pas du tout fait pour renforcer le budget de l’Education, de l’enseignement supérieur » rappelle Dahman. Effectivement, l’idée de cette mesure vient en réponse à la demande de Bruxelles, où se situe le siège de la commission de l’Union Européenne, de réduire les déficits budgétaires que rencontre la France. Le gouvernement a donc pris pour cible les frais de scolarité des étudiants étrangers. Un argument qui pourrait expliquer ce choix: les parents de ces potentiels et actuels étudiants étrangers en France, ne sont pas des contribuables. Ce qui, peut-être pourrait rendre, en tout cas pour les pro-mesure, celle-ci plus légitime. D’autre part, il existe certes une grande quantité de familles qui ne pourraient pas avancer ces frais, mais il existe aussi un certain nombre de familles qui, plus aisées, et majoritairement issues de pays développés, pourraient continuer d’envoyer leurs enfants en France  malgré la hausse.

Toutefois, cette hausse des frais, contribue et semble aller dans le sens d’une privatisation du secteur public que constitue toujours le domaine de l’éducation.

 

 

 

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