STUPÉFIANTS ENTRE FICTION ET RÉALITÉ : RENCONTRE AVEC ALEXANDRE KAUFFMANN

 In Sorties / Culture

Alexandre Kauffmann, écrivain et journaliste a été convié à un café juridique au bar A la Maison, par l’AJEP, une association étudiante de la faculté de droit de Nancy ce mardi 2 octobre 2018. Immergé dans la brigade de stupéfiants de Paris dans l’unité surdoses, Alexandre Kauffmann lève le voile sur les réalités des décès liés à l’overdose dans ce roman d’investigation nommé « surdose ». Loin des idées reçues et des clichés sur la consommation de drogues et notamment de drogues dures, il dresse dans ce roman policier les arcanes d’une justice jugée absurde. Face à Amaury Lacôte, substitut général près la cour de Nancy il revient sur les coulisses de cette année passée au plus près des acteurs : victimes, dealers, et enquêteurs pour dénoncer les travers, les effets de la consommation de drogue. Une parole sans chichis, qui se veut directe, et sincère.

 

L’overdose : qu’est-ce que c’est ?

Les premiers échanges s’imposent immédiatement sur le terrain juridique. Le thème est posé. Alexandre Kauffmann qui a expérimenté la réalité des enquêteurs semble vouloir confronter la pratique à la théorie. Très vite, la distinction est posée entre usage et trafic de stupéfiant. L’usage par opposition au trafic de drogue qui lui est réprimé par le code pénal, est encadré par le code de la santé publique et fait l’objet d’une injonction thérapeutique. Kauffmann soulève ici l’ambiguïté de ce système qui place le consommateur de drogues dures dans la position de coupable et de malade. L’auteur regrette également que la loi de 1970 n’établisse pas de distinction entre les drogues dures et les drogues douces ce qui équivaut à les mettre sur le même plan d’un point de vue juridique.

L’overdose semble être un lieu commun si familier à nos oreilles que l’on oublie souvent qu’elle recouvre une situation bien précise. Alors pourquoi surdose ? La surdose, traditionnellement employée pour désigner des opioïdes, en particulier l’héroïne, est souvent confondue par abus de langage avec des psychostimulants. Par opposition aux psychostimulants tels que la MDMA ou encore l’ecstasy et la cocaïne qui elles dépendent en majeure partie de la vulnérabilité individuelle, l’héroïne cause immédiatement le décès du consommateur dès lors qu’il a atteint une certaine dose du produit.

 

20 cas d’overdose par an à Paris : c’est beaucoup, c’est peu ?

Dans son livre Kauffmann écrit qu’il existe seulement vingt cas d’overdose recensés par an à Paris. Même constatation pour Nancy, Amaury Lacôte affirme être confronté à seulement deux ou trois cas par an. Même sans cadre contextuel, il nous paraît à tous évident que ce taux est sous-estimé. Il l’explique notamment par le fait que les procédures administratives dans les hôpitaux soient lourdes pour caractériser la mort par overdose, les médecins se passant ainsi souvent de cette étape. Par ailleurs, l’écrivain souligne que certaines morts qui auraient dû être imputées à l’overdose ne le sont pas en pratique. Il donne l’exemple notamment de l’épuisement dû à la consommation d’héroïne, qui avait conduit une personne à ne pas manger pendant plus de quarante-huit heures. Le taux de stupéfiants dans le sang étant trop peu élevé, le décès pour overdose avait été écarté par les légistes.

 

Trafics de drogues : qu’en est-il aujourd’hui ?

D’autre part, Kauffmann revient sur ce qu’il appelle le « capitalisme sauvage », le marketing de l’héroïne. Dans les cités, pour évoquer ces lieux où sont vendus une multitude de drogues, on parle de « fours ». Faisant écho aux plateformes de « cocaïne call center » de son roman, Kauffmann énonce ici les grandes lignes d’un réseau de drogues qui ne cesse de se diversifier pour survivre. Ce dernier insiste en particulier sur l’immense variété de drogues disponibles, il estime qu’en France environ une nouvelle drogue apparaîtrait par semaine. L’écrivain fait le parallèle avec l’explosion des produits de synthèse mélangés à ces drogues pour détourner la législation, par exemple les cathinones dont la composition a été modifiée, et qui rentrent maintenant dans la catégorie des stupéfiants. Toutes ces variétés de drogues aboutissent à une méconnaissance par les utilisateurs qui alors risquent plus facilement une overdose. Ce phénomène est conjugué à la multiplication des réseaux de trafics et donc à leur mise en concurrence, en particulier pour la cocaïne  qui est de plus en plus pure et conduit donc aussi plus facilement à l’overdose.

En outre, la majeure partie des trafics de produits de synthèse étant relayée par internet, Kauffmann laisse entendre la difficulté de coincer les trafiquants : en effet cela pose souvent problème lorsque les vendeurs ont une adresse IP située en Hollande ou dans un autre pays de l’est. Dans ces cas-là, il reconnait que la police laisse souvent tomber et se concentre sur les réseaux locaux. Le profil du dealer évolue donc en parallèle avec la technologie. Quand dans les années 1970, il était très difficile de coincer des réseaux de trafics sur le terrain, cela est facilité aujourd’hui grâce à l’informatique et notamment la géolocalisation des téléphones portables. En effet beaucoup de choses ont changé et ont favorisé le travail d’enquête de la police.

 

 

Quels sont les cas les plus courants d’overdose ? Qui sont les consommateurs ?

L’auteur démonte au travers de cette enquête journalistique des clichés qui ont la dent dure. Quand bien souvent l’on imagine un type marginalisé, errant dans rues de la ville, se droguer à l’héroïne, on se rend compte que cette situation n’est plus vraie depuis de nombreuses années déjà.  De nos jours la consommation de drogues recouvre toutes les tranches de la population, notamment les personnes les mieux insérées. Kauffmann explique aussi que le cadre de la consommation a changé avec internet, il est non seulement plus facile mais aussi plus discret de consommer de la drogue. Dans son livre on est plongé dans l’enquête sur l’overdose d’une étudiante en histoire de l’art, d’un dentiste et d’un informaticien, traduction explicite de cette réalité qu’il décrypte.

 

2018 : En chemin vers la légalisation des drogues ?

L’écrivain se montre en outre favorable à une légalisation de toutes les drogues. Pour lui, l’interdiction n’a aucun sens lorsque dans les pays où celle-ci est permise ou tolérée (entre autres le Portugal et la Hollande) on observe une baisse de la consommation. En effet, selon lui plus c’est interdit, moins il y a de prévention. Pour Kauffmann légaliser c’est donc mieux réguler et à ce titre il estime que dans une vingtaine d’années la consommation de drogue sera dépénalisée. L’auteur insiste sur la nécessaire traduction de l’évolution des mentalités en politique avançant les résultats probants dus aux produits de substitution.

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