EDITO : La télé est-elle vouée à disparaître ?

Il est partout. Voué à transiter de nos smartphones à nos tablettes, de nos ordinateurs à nos télévisions, Internet voyage en permanence. Dans les compartiments de cette locomotive supersonique, des polémiques, des avantages, des addictions : jour après jour, le web façonne un peu plus nos sociétés. À une époque où le second écran (smartphone, tablette, ordinateur) est tout aussi important que le principal (la télévision) : comment se situe ce dernier au sein d’une migration « télé vers PC » de plus en plus marquée ? On va tenter d’y voir plus claire.

Vous étudiants et jeunes gens en tout genre. Oui vous, public de Radio Campus Lorraine ! Il ne me pas paraît nécessaire de dégainer l’armada de statistiques pour expliquer quelque chose que vous expérimentez au quotidien : à quoi bon regarder la télé quand on peut passer du temps sur YouTube ou Netflix ? Alors oui, dès l’enfance, nous génération Y (ensemble des personnes nées entre 1980 et 2000) avons été habitués aux nouvelles technologies, aux ordinateurs, et bien évidemment à Internet. Nous avons appréhendé ces outils dès notre plus jeune âge, ils font partie intégrante de notre quotidien, nous étudions et travaillons avec eux. Ce n’est pas le cas dès plus âgés.

Pourtant, la frontière entre génération Y et générations antérieures est particulièrement floue. Nombreuses sont les personnes qui avoisinent la soixantaine ou d’avantage et qui sont parfaitement acclimatées à l’ère numérique. Idem pour les quadragénaires ou les quinquagénaires qui, malgré qu’ils aient découvert les nouvelles technologies sur le tard, les maîtrisent souvent très bien. Cela étant dit, revenons à nos montons cathodiques, d’abord en noir et blanc puis en couleurs, parlons de la télévision.


« La télévision a envahi les foyers français »

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En 1968, il y a 10 millions de postes. La télévision a envahi les foyers français. Ces quelques mots, issus d’un reportage signé France 2, démontrent bien l’engouement pour la radiovision, telle que baptisée en 1931 lors de sa présentation publique. Au fil des années, le média s’est considérablement étoffé : en 1963, une seconde chaîne pointe le bout de son nez ; en 1967, la couleur arrive et égaye les écrans ; en 1984, la première chaîne payante, Canal +, fait ses premiers pas. Aujourd’hui, l’offre est démentielle : des centaines de programmes sont accessibles via la télévision connectée. Dans son rapport sur les chiffres clés de l’audiovisuel français du second semestre 2015, le CSA (conseil supérieur de l’audiovisuel) dénombrait 152 chaînes non hertziennes (c’est à dire numériques) conventionnées et 83 du même type déclarées.

Avoir plein de chaînes c’est bien joli, encore faudrait-il une audience stable. C’est à présent du côté du CNC (centre national du cinéma et de l’image animée) que nous allons glaner quelques informations, grâce à leur étude dédiée à l’économie de la télévision. Ouvrez vos livres page 20, chapitre 2 : Entre 2013 et 2014, la durée d’écoute de la télévision [sur l’ensemble de la journée – ndlr] est en baisse […] de 8 minutes (-4,2 %) à 3h03 chez les 15-49 ans. Elle est stable à 5h02 chez les 50 ans et plus. Faîtes de même pour le chapitre 4, page 41 : En 2014, la contribution [financière – ndlr] de l’ensemble des chaînes de télévision à la production audiovisuelle […] est en baisse de 1,5 % par rapport à 2013.

Alors oui je l’admets, ces chiffres ne symbolisent pas une baisse considérable du financement et de l’audience télévisuel. Toutefois, ils concordent plutôt bien à la distinction génération Y et génération antérieures décrite plus tôt. Dernière précision, les prévisions de la société eMarketer telles que rapportées par Le Figaro indiquent que l’année 2017 serait une étape importante, dans la mesure où pour la première fois, nous passerions plus de temps à consulter des médias en ligne qu’à regarder nos écrans de télévision. Mais la bataille ne s’arrête pas pour autant.


« Smart TV »

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Depuis quelques temps, les télés dîtes connectées envahissent les grandes surfaces. Dans Smart, enquête sur les internets signée Frédéric MARTEL, l’auteur donne quelques éléments quant à leur origine. En effet, le web impose une concurrence acharnée aux médias traditionnels. Ces derniers doivent ainsi innover et intégrer les dimensions relatives à Internet pour pouvoir subsister. Pour le cas de la télévision, il s’agit de pouvoir interagir avec un programme diffusé en direct, ou encore d’avoir accès à des contenus exclusifs via les réseaux sociaux. L’idée est donc simple : produire des contenus puissants et fédérateurs couplés aux spécificités d’Internet pour interpeller le consommateur 2.0.

Mais il y a un mais. Comme évoqué plus tôt, nous sommes de plus en plus à délaisser les écrans de télévision. Dorénavant, nous flânons sur YouTube où certaines productions amateurs sont qualitativement impressionnantes ; sur Netflix, plateforme de vidéos à la demande qui déborde de films, de séries, de productions exclusives. La télévision est un objet fixe, parfois imposant, centre de gravité de la plus part des living-room contemporains. De leur côté, les écrans secondaires voyagent avec nous en permanence, c’est donc vers eux que nous nous tournons le plus. Le camp télévision peine à monter dans un train qui va vite, très vite. Doit-on pour autant considérer qu’il est voué à disparaître ?

En consultant les meilleures audiences françaises telles que relayées par BFM TV, on s’aperçoit vite d’une chose : le sport constitue la plus grosse part du gâteau avec un record absolu à 22,2 millions de téléspectateurs lors de la demi-finale de la Coupe du monde de football France-Portugal en 2006. Même constat aux États-Unis : Le Figaro rapporte les audiences du Super Bowl 2017 avec un pic à 117,5 millions pendant la mi-temps. En marge de ces événements, les séries, journaux d’information et autres débats politiques reprennent la main. Un article du Monde compare les audiences du débat présidentiel d’entre-deux-tours avec les mastodontes sportifs, la différence est nette : 16,5 millions de téléspectateurs pour le match Macron-Le Pen.


« La télé de demain »

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Que pourrait-on déduire ? Pas de doute : la télévision est diablement efficace lorsqu’il s’agit de diffuser du direct, événements sportifs et débats politiques en tête. Imaginons : et si, dans un futur tout à fait hypothétique, la télévision diffusait seulement ces programmes ? La puissance fédératrice de l’objet télé est parfois impressionnante (il suffit de pousser les portes d’un bar au moment opportun pour s’en convaincre). Pour cette raison, la disparition de la télévision paraît peu probable.

Mais qu’en est-il des shows télévisés diffusés en prime time ? Ces moments là appartiennent au cercle familial et au cercle social restreint. Dans les prochaines années, les personnes qui composent ces sphères sont amenés à changer, passage de relais entre deux générations. Ainsi, les intérêts des jeunes gens d’aujourd’hui seront généralisés demain : certains programmes semblent voués à disparaître. Dans le cadre d’une telle transition, comment assurer la pérennité d’émissions aux audiences modestes alors que nous consultons Internet un peu plus chaque année ?

Avec les Smart TV, le média télévisuel a su tirer parti des avantages sociaux d’Internet. Il ne paraît pas insensé d’imaginer d’autres pas en ce sens. Après tout, YouTube et la télévision se fondent d’ores et déjà l’un dans l’autre, comme l’illustre le recrutement de Norman et de Cyprien par TF1 (voir l’article des Échos), ou encore la présence de Golden Moustache sur W9 et du Palmashow sur C8.

Quoi qu’il en soit, sur le net, les créateurs jouissent d’une liberté éditoriale que la télévision ne semble pas encore prête à offrir, en témoigne les nombreux recours au financement participatif en dépit de l’intérêt croissant de la télé pour ces personnalités en vogue (voir le lancement d’un Ulule par Axolot, à 1min10). Il faut dire que l’affaire est complexe : même si des programmes exclusifs avec le gratin du web sont proposés, à l’ère numérique, l’exclusivité ne veut plus dire grand chose. À terme, tout finit par être uploadé sur Internet.

*

Au final, à quoi pourrait ressembler la télé de demain ? La mise est la suivante :

  • du direct (sport et politique) ;
  • des journaux télévisés (mission de service public oblige) ;
  • une connexion permanente et obligatoire à Internet, avec la diffusion de vidéos YouTube réparties en plusieurs chaînes thématiques (beauté, science, humour) ;
  • une généralisation de l’application Netflix (séries et films) et Twitch (jeux-vidéos) sur les téléviseurs.
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